Dernière mise à jour :
17 janvier 2018
 
 
 
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Item 92 Rachialgie
 

Chapitre 6 Diagnostic et suivi des lombalgies, dorsalgies et cervicalgies


Laura Boutevillain , Claire Pourtier-Piotte , François Rannou and Emmanuel Coudeyre
 

________________________________________________________________________________
Item 92 Rachialgie.



 

Objectifs pédagogiques
Diagnostiquer une rachialgie.
Argumenter l’attitude thérapeutique et planifier le suivi du patient.



Les rachialgies sont très fréquentes dans la population générale. Elles sont classées selon l’étage anatomique douloureux du rachis : cervicalgies, dorsalgies et lombalgies.
 

Sont traitées ici uniquement les rachialgies sans atteinte neurologique, en particulier sans radiculalgies associées.

 

A Lombalgies

 

B Dorsalgies

 

C Cervicalgies

 

Points clé

 

Pour en savoir plus

 

Annexes
 

Lombalgies

 

I. Définitions
II. Étiologie
III. Lombalgies non spécifiques aiguës (aussi appelées lumbagos)
IV. Lombalgies non spécifiques chroniques
 

I Définitions
 

Définition de l’HAS et classification issue des recommandations européennes COST B13 :
• lombalgies : douleurs de la région lombaire, pouvant s’accompagner d’une irradiation à la fesse, à la crête iliaque, voire à la cuisse, et ne dépassant pas le genou ;
• aiguë : moins de 6 semaines ;
• subaiguë : 6 semaines à 3 mois ;
• chronique : supérieur à 3 mois ;
• récidive de lombalgies : nouvel épisode de lombalgies après une période minimum de 6 mois sans douleur.
 

II Étiologie
 

A Lombalgies symptomatiques
 

• En faveur d’une fracture : notion de traumatisme, prise de corticoïdes, âge supérieur à 70 ans, ostéoporose, antécédent de tassement vertébral.
• En faveur d’une néoplasie : âge supérieur à 50 ans ou inférieur à 20 ans, perte de poids inexpliquée, antécédent tumoral ou échec du traitement symptomatique.
• En faveur d’une infection : fièvre, douleur à recrudescence nocturne, contexte d’immunosuppression, infection urinaire récente, sonde urinaire à demeure, prise de drogue intraveineuse, prise prolongée de corticoïdes.
• En faveur d’une inflammation : début progressif avant 40 ans, raideur matinale majeure, atteinte des articulations périphériques, uvéite, psoriasis, signes d’appels cutanés, colites, écoulement urétral, antécédent familial de spondylarthropathie.
 

B Lombalgies non spécifiques
 

En rapport avec une souffrance du segment mobile, non symptomatique d’une des pathologies ci-dessus. Elles sont source de handicap (figure 6.1).

 

 


Fig. 6.1 Handicap des lombalgies non spécifiques.


Toujours éliminer une lombalgie symptomatique avant de conclure à une lombalgie non spécifique (commune).
Les « red flags », ou drapeaux rouges, évocateurs d’une lombalgie symptomatique (recommandations européennes) :
• âge < 20 ans ou >55 ans ;
• antécédent de traumatisme violent récent ;
• douleur d’horaire non mécanique, progressive ;
• douleur thoracique ;
• antécédent de tumeur maligne ;
• prise de corticoïdes au long cours ;
• prise de drogue, immunosuppression, VIH ;
• perte de poids inexpliqué ;
• fièvre ;
• signes neurologiques étendus (par exemple, syndrome de la queue de cheval) ;
• déformation structurale ;
• douleurs constantes.


 

III Lombalgies non spécifiques aiguës (aussi appelées lumbagos)
 

A Bilan clinique
 

1 Interrogatoire
• Douleur d’apparition brutale, d’horaire mécanique, en barre, au maximum pouvant empêcher le redressement du tronc (malade plié en deux), impulsive à la toux.
• Si un facteur déclenchant est souvent recherché à l’interrogatoire, il n’est pas systématiquement retrouvé.
• Recherche d’antécédents de lumbago.
2 Examen physique
Déviation antalgique du rachis.
Contracture paravertébrale.
Douleur à la palpation des épineuses.
Raideur du rachis souvent localisée à un secteur (indice de Schöber-McRae limité, figure 6.2).


Signes négatifs : examen neurologique normal (pas de signes de souffrance nerveuse ni de déficit neurologique), absence de fièvre.

 

 


Fig. 6.2 Indice de Schober-McRae.

On place un repère 10 cm au-dessus de l’épineuse de L5 et 5 cm au-dessous, lorsque le sujet est debout, puis on note l’augmentation et la diminution de la distance entre ces deux repères lors de la flexion et de l’extension du tronc ; la norme varie en fonction de la taille et du sexe.
A. Repères. B. Flexion antérieure.


La position permettant un examen optimal du rachis lombaire est la position mettant le patient en décubitus ventral en travers de la table : cette position détend les fléchisseurs de hanche et corrige la lordose lombaire.



Il est important de rechercher les facteurs de risque de passage à la chronicité des lombalgies (facteurs psychosociaux), les « yellow flags », ou drapeaux jaunes :
• les fausses croyances (test FABQ, BBQ, cf. Annexes 1 et 2) ;
• insatisfaction au travail (facteur de risque essentiel), bénéfices secondaires ;
• troubles psychologiques (dépression, anxiété…) ;
• sévérité de l’incapacité fonctionnelle (questionnaire de Québec, cf. Annexe 3), comportement inadapté (réduction importante de l’activité physique).


 

B Examens complémentaires
 

Aucun examen d’imagerie devant une lombalgie de moins de 7 semaines d’évolution, sauf lorsque certains éléments amènent à rechercher une lombalgie symptomatique ou lorsque les modalités du traitement choisi (manipulation vertébrale) exigent d’éliminer formellement toute lombalgie spécifique (HAS 2000).
L’absence d’évolution favorable conduira à raccourcir ce délai (HAS 2000, accord professionnel).
En cas de nécessité de réaliser des examens morphologiques : radiographies en première intention → rachis lombaire face et profil, bassin de face.
En cas de recherche d’une lombalgie symptomatique, numération-formule sanguine, protéine C-réactive et vitesse de sédimentation seront demandées, en complément des examens d’imagerie.
C Traitement des lombalgies aiguës non spécifiques (recommandations européennes COST B13)
La plupart des épisodes de lumbagos évoluent naturellement vers la guérison en quelques jours.


Objectif du traitement
Calmer la douleur, restaurer la mobilité et la fonction, et surtout éviter le passage à la chronicité et les arrêts de travail prolongés.


• Délivrer une information adaptée et rassurer le patient (éducation thérapeutique).
• Traitement essentiellement médicamenteux : antalgique de palier 1 ou 2, en fonction de l’intensité des douleurs. Préférer une prise à intervalles réguliers (plutôt qu’à la demande). Il n’y a pas de place pour la corticothérapie (orale ou infiltration).
• Discuter l’ajout de myorelaxants, sur une courte durée, en cas d’échec des antalgiques, pour contrôler la douleur.
• Pas de prescription initiale de masso-kinésithérapie : absence de réelle efficacité prouvée dans la lombalgie aiguë.
• Une prise en charge en kinésithérapie de ville peut être envisagée en l’absence d’amélioration après 4 semaines de traitement médicamenteux ou en cas d’antécédents d’épisodes analogues.
• Les programmes multidisciplinaires de reconditionnement à l’effort en milieu professionnel peuvent être une option thérapeutique pour les actifs en arrêt de travail depuis au moins 4 à 8 semaines.
• Proscrire l’alitement systématique ! Conseiller aux patients de rester actifs et de poursuivre leurs activités quotidiennes normalement, ainsi que leur activité professionnelle, si le niveau de douleur le permet.
• Les manipulations vertébrales peuvent être utilisées. Cependant, ces techniques sont formellement contre-indiquées en présence de signes de souffrance nerveuse (elles nécessitent des radiographies au préalable).
• Une ceinture de maintien lombaire peut être prescrite, en particulier pour la reprise des activités physiques et professionnelles ou pour les efforts physiques qui sollicitent le plus le rachis lombaire.


Les ceintures de maintien lombaire et corsets lombaires n’entraînent pas d’amyotrophie des muscles du tronc (Fayolle-Minon, 2008). En effet, en orthostatisme, les muscles érecteurs du rachis sont soumis en permanence à la force de la gravité et sont donc stimulés en continu. Le port d’orthèse peut par contre entraîner un trouble de la proprioception, facilement rééducable.
Ce raisonnement ne s’applique pas à l’immobilisation du rachis cervical, car ce dernier possède des amplitudes articulaires plus grandes et plus variées, ainsi que des groupes musculaires plus nombreux et qui ne sont pas tous soumis à la pesanteur lors de la position d’orthostatisme.


IV Lombalgies non spécifiques chroniques
La lombalgie chronique est une pathologie courante. Avec une incidence comprise entre 60 et 90 % et une prévalence estimée entre un quart et un tiers de la population générale, elle constitue le trouble musculosquelettique le plus fréquent, devant les scapulalgies (20,9 %) et les cervicalgies (20,6 %). On considère que moins de 10 % des lombalgies aiguës évoluent vers la chronicité (Nguyen, 2009), mais ce faible pourcentage représente la majorité du coût de cette pathologie.


• Approche multifactorielle.
• Responsable de nombreux arrêts de travail et d’invalidité.
• Retentissement socioprofessionnel et économique important.


A Examen clinique
1 Interrogatoire
• Date de début des douleurs, facteur déclenchant, antécédents de lumbagos, pratique d’une activité physique, mode de vie (escaliers).
• Évaluation de la douleur : siège et irradiation, horaire, impulsivité à la toux, facteurs aggravants/atténuants, EVA, traitements antalgiques déjà tentés et leur efficacité, port d’une ceinture lombaire.
• Cinésiophobie (peur du mouvement).
• Retentissement socioprofessionnel : arrêt de travail initial, accident du travail, temps d’arrêt de travail cumulé sur les deux dernières années, satisfaction professionnelle (EVA/100), description du contexte professionnel.
2 Examen physique
Examen du rachis lombaire
Recherche d’un trouble de la statique rachidienne (figure 6.3).


Recherche d’une inégalité de longueur des membres inférieurs.
Examen de la mobilité rachidienne (figure 6.4 et 6.5).



Palpation des épineuses axiales et en regard des articulaires postérieures.
Recherche d’une douleur à la charnière thoracolombaire (T12-L1).
Recherche de contractures paravertébrales et d’un syndrome cellulo-téno-myalgique.

 

 


Fig. 6.3
Évaluation de la statique rachidienne.

 

 

Fig. 6.4
Évaluation de la mobilité en inclinaison.

 


Fig. 6.5
Évaluation de la mobilité en rotation.


 

Examen neurologique
Absence de signes neurologiques.
Il peut exister un signe de Lasègue lombaire (douleur lombaire déclenchée par la flexion passive de la hanche, genou en extension, patient en décubitus dorsal) (figure 6.6) — différent du signe de Lasègue radiculaire.
Recherche également d’un signe de Léri (Lasègue inversé).

 

 


Fig. 6.6 Recherche d’un signe de Lasègue.

 

 


3 Bilan pré-rééducation, si besoin
Recherche de rétractions des plans sous-pelviens : mesure de la distance talon-fesse sur un patient en décubitus ventral (rétraction des quadriceps) ; mesure des angles poplités (rétraction des ischio-jambiers) (figures 6.7 et 6.8) ;



Mesure des amplitudes du rachis lombaire (rotations, inclinaisons, flexion, extension), avec notamment mesure de l’indice de Schöber-McRae qui recherche une raideur du rachis lombaire, ainsi que la mesure de la distance doigts-sol.
Recherche d’un syndrome de déconditionnement à l’effort (décrit par Tom Mayer en 1985) : perte de la mobilité rachidienne, diminution des capacités musculaires et cardiovasculaires à l’effort, réduction des capacités fonctionnelles, cinésiophobie.
Évaluation de la composante anxieuse et dépressive (score HAD ) et du retentissement sur les activités de la vie quotidienne (questionnaire de Québec, cf. Annexe 3).
Évaluation des fausses croyances : test Fear Avoidance Beliefs Questionnaire (FABQ) (croyances concernant le travail et l’activité physique), Back Beliefs Questionnaire (BBQ) (cf. Annexes 1 et 2).
Évaluation de la qualité de vie (autoquestionnaire de Dallas).

 

 


Fig. 6.8
Recherche des rétractions sous-pelviennes (mesure de l’angle poplité).

 

 

Fig. 6.7
Recherche des rétractions sous-pelviennes (distance talon-fesse).


B Examens complémentaires
• Radiographies du rachis lombaire (face et profil) et bassin (face) systématique.
• Scanner ou IRM en fonction du contexte clinique, en privilégiant l’IRM autant que possible (examen non irradiant).
Il n’y a pas lieu de réaliser des examens supplémentaires dans l’année qui suit la réalisation des premiers, sauf évolution des symptômes ou pour s’assurer de l’absence de contre-indications d’une thérapie nouvelle (par exemple, manipulations vertébrales) (HAS, 2000).


Classification IRM de Modic des discopathies inflammatoires (modifications de signal des plateaux vertébraux associées à la dégénérescence discale) :
type 1 : hyposignal T1 et hypersignal T2, correspondant à un œdème (Modic 1) (figure 6.9) ;


type 2 : hypersignal T1 et T2, correspondant à une involution graisseuse (Modic 2) ;
type 3 : hyposignal T1 et T2, correspondant à une ostéosclérose (Modic 3).

 


Fig. 6.9
Modifications de signal IRM des plateaux vertébraux L5 et S1 de type Modic I.
A. Hyposignal T1. B. Hypersignal T2.

 


C Traitements des lombalgies non spécifiques chroniques
« Il existe peu de recommandations pour la prise en charge des lombalgies chroniques, par rapport à la lombalgie aiguë. La lombalgie chronique n’est pas une entité clinique et diagnostique, mais plutôt un symptôme chez des patients présentant différents stades d’incapacité et de chronicité. Dans l’ensemble, les preuves scientifiques sont limitées sur beaucoup d’aspects de l’évaluation diagnostique et des thérapeutiques concernant les patients lombalgiques chroniques. » (recommandations européennes COST B13).


Objectif du traitement
Permettre au patient de contrôler et de gérer sa douleur, d’améliorer sa fonction et de favoriser sa réinsertion sociale et professionnelle le plus rapidement possible en collaboration avec le médecin du travail (ANAES, décembre 2000).


1 En première intention
Éducation thérapeutique
Rassurer le patient, expliquer la pathologie, fournir une information structurée et validée (Guide du dos) (figure 6.10).


 

 

Fig. 6.10
Le Guide du Dos, version française du Back Book.
(Coudeyre E, Givron P, Gremeaux V, Lavit P, Hérisson C, Combe B, Burton K, Poiraudeau S. Traduction française et adaptation culturelle du « back book ». Ann Readapt Med Phys 2003 ; 46 : 553-7.)



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Prise en charge de la douleur
• Traitement médicamenteux : antalgique de palier 1, puis de palier 2 si nécessaire. Exceptionnellement de palier 3.
• Les AINS sont à éviter à cause des effets indésirables qu’ils génèrent — ils peuvent cependant être prescrits en cure courte.
• Les myorelaxants ne sont pas recommandés.
• Les antidépresseurs tricycliques et les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine n’ont pas ou peu d’effet en dehors d’un contexte de dépression.
• Les corticostéroïdes par voie générale ne sont pas recommandés.
• Les infiltrations épidurales de corticoïdes ne sont pas recommandées en première intention.
• Le TENS (neurostimulation électrique transcutanée) est efficace sur la douleur surtout en présence d’une radiculalgie associée.
Maintien des activités physiques
• Le repos au lit n’est pas recommandé.
• Poursuivre le niveau d’activité maximal compatible avec la douleur.
• Promouvoir l’activité physique régulière.
Séances de kinésithérapie
Limiter les techniques passives et privilégier le travail actif.
Renforcement musculaire : abdominaux, spinaux, quadriceps (figure 6.11).


Étirement des plans sous-pelviens (psoas, ischio-jambiers, quadriceps).
Physiothérapie antalgique — la balnéothérapie a un effet antalgique à court terme.
Apprentissage d’auto-exercices à poursuivre à domicile.
Reconditionnement aérobie.
Travail de la proprioception.

 


Fig. 6.11
Renforcement musculaire des muscles du tronc.

 


Accompagnement psychologique (si besoin)
Relaxation, sophrologie, thérapies comportementales encourageant l’activité physique.
Reprise des activités professionnelles et sociales


Objectif de reprise du travail si le patient est en arrêt de travail.


• Contact précoce avec la médecine du travail.
• Durées indicatives des arrêts de travail pour les lombalgies aiguës, subaiguës et chroniques recommandées par l’assurance maladie (après avis de l’HAS) : tableau 6.1.
Tableau 6.1 Arrêts de travail pour les lombalgies aiguës, subaiguës et chroniques
 

Type d’emploi   Durée de référence
Sédentaire   1 jour
Travail physique léger Charge ponctuelle < 10 kg
Charge répétée < 5 kg
3 jours
Travail physique modéré Charge ponctuelle < 25 kg
Charge répétée < 10 kg
14 jours
Travail physique lourd Charge > 25 kg 35 jours

 

La durée de référence est la durée à l’issue de laquelle la majorité des patients est capable de reprendre un travail ; elle est modulable en fonction des complications ou comorbidités du patient.
Autres
Traitements n’ayant pas fait la preuve de leur efficacité concernant les lombalgies chroniques non spécifiques : tractions vertébrales, école du dos.
 

2 En deuxième intention
Prise en charge multidisciplinaire
Médecins, masso-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychologues, assistants sociaux, médecins du travail, chargés d’insertion socioprofessionnel, diététiciennes, éducateurs sportifs spécialisés.
Programme de restauration fonctionnelle du rachis en centre de médecine physique et réadaptation
Groupe de patients lombalgiques, en hospitalisation.
Séances de rééducation collectives : kinésithérapie, ergothérapie, balnéothérapie.
Reconditionnement à l’effort en séance d’activité physique adapté (APA) (figure 6.12).


Éducation thérapeutique.
Accompagnement psychologique.
Réinsertion socioprofessionnelle : en collaboration avec la médecine du travail : aménagement de poste, changement de poste, mi-temps thérapeutique, demande de reconnaissance travailleur handicapé (figure 6.13).


Fig. 6.12
Reconditionnement à l’effort.

 


Fig. 6.13
Réentrainement à l’activité professionnelle.

 



Le pronostic fonctionnel de la lombalgie chronique est sombre puisque l’on considère qu’après 6 mois d’arrêt d’activité professionnelle pour lombalgies, la probabilité de reprise de travail est d’environ 50 %, qu’après 1 an elle est de 25 %, et qu’après 2 ans elle est à peu près nulle.


 

Dorsalgies

 

I. Définition
II. Étiologie
III. Démarche diagnostique
IV. Examens complémentaires
V. Traitement
 

I Définition

Dorsalgies : douleurs ressenties en regard du rachis thoracique (T1 à T12).
 

II Étiologie


Une origine viscérale ou symptomatique est plus souvent retrouvée pour les dorsalgies que pour les lombalgies ou cervicalgies.


L’origine des dorsalgies peut être rachidienne, viscérale ou symptomatique.
Les dorsalgies symptomatiques ont les mêmes étiologies que les lombalgies symptomatiques.
Tous les organes intrathoraciques et de l’étage sus-mésentérique peuvent être responsables de dorsalgies.
Parmi les dorsalgies rachidiennes bénignes, on peut évoquer :
• arthropathie costovertébrale ;
• dorsalgie statique (par exemple, sur scoliose) ;
• dorsalgie d’origine cervicale ;
• dérangement intervertébral mineur (par exemple, syndrome de la charnière thoracolombaire ou à l’insertion basse du muscle splénius) (cf. encadré).
Dans les cas sans étiologie précise, on parle de « dorsalgies fonctionnelles » (diagnostic d’élimination, fréquentes). Ces dorsalgies touchent plus fréquemment les femmes jeunes, associant des facteurs psychologiques avec une profession sollicitant le rachis thoracique.
Noter que les hernies discales dorsales sont rares.


Dérangement intervertébral mineur
Le dérangement intervertébral mineur (DIM) correspond à une dysfonction douloureuse bénigne auto-entretenue du segment vertébral de nature mécanique et réflexe, généralement réversible, sans traduction radiologique (décrit par R. Maigne, 1972).
Les étiologies peuvent être multiples : efforts, traumatismes, mauvaises postures, troubles statiques. Les DIM sont responsables de la plupart des douleurs non spécifiques d’origine vertébrale.
Un DIM peut être symptomatique ou non. Il peut être à l’origine de douleurs locales ou à distance, dans le métamère correspondant au nerf rachidien du segment vertébral en cause, via sa branche postérieure. Ceci constitue le syndrome cellulo-téno-myalgique (à rechercher par la manœuvre du palpé-roulé, la recherche de cordon musculaire et la palpation des points gâchettes).
Les autoétirements constituent le point essentiel du traitement de ces DIM. Lors des blocages aigus, les manipulations peuvent être utiles.


 

III Démarche diagnostique

• Caractéristiques de la douleur : siège, type, horaire, irradiation en ceinture, ancienneté, facteurs déclenchants, facteurs d’aggravation et d’atténuation, sensibilité aux médicaments (en particulier aux AINS).
• Examen clinique général : cardiaque, pulmonaire, digestif, urologique.
• Recherche d’un syndrome rachidien.
• Recherche d’un trouble de la statique rachidienne.
• Évaluation du contexte psychologique.
 

IV Examens complémentaires
 

• Systématique en l’absence d’orientation étiologique.
• Au minimum : radiographies du rachis thoracique.
• En fonction de l’examen clinique : IRM et/ou scanner.
 

V Traitement

Le traitement des dorsalgies extra-rachidiennes et des dorsalgies symptomatiques relèvent du traitement de la pathologie en question.
Le traitement des « dorsalgies fonctionnelles » comprend, en plus d’une prise en charge antalgique, une prise en charge psychologique, ainsi qu’une éventuelle adaptation ergonomique du poste de travail. Malgré la bénignité de ces dorsalgies, l’évolution peut être longue.
 

Cervicalgies

I. Définition
II. Cervicalgies aiguës
III. Cervicalgies chroniques

I Définition
 

Cervicalgies :
• douleur de la région postérieure du rachis cervical ;
• aiguë : < 6 semaines ;
• subaiguë : entre 6 semaines et 3 mois ;
• chronique : > 3 mois.
Deux tiers de la population sont concernés une fois dans leur vie par des cervicalgies.
Noter qu’il peut exister des cervicalgies d’origine projetée (douleur thoracique, dorsalgies).
 

II Cervicalgies aiguës
 

A Étiologie
• Post-traumatiques.
• Symptomatiques (inflammatoire, infectieuse, tumorale).
• Non spécifiques (communes) : posturales, cervicarthrose, torticolis.
 

B Diagnostic de cervicalgies aiguës non spécifiques
Torticolis, ou cervicalgo
• Douleur d’apparition brutale, d’horaire mécanique, apparaissant souvent le matin au réveil.
• À l’examen physique : raideur du rachis souvent unilatérale entraînant une rotation de la tête, contracture paravertébrale, douleur à la palpation des épineuses.
• Signes négatifs : examen neurologique normal (pas de signes de souffrance nerveuse ni de déficit neurologique), absence de fièvre.
Cervicalgies posturales
Elles touchent principalement l’adulte jeune et sont liées le plus souvent à une mauvaise posture.
 

C Examens complémentaires
En cas de cervicalgies aiguës non spécifiques, sans antécédent de traumatisme du rachis cervical, aucun examen complémentaire n’est nécessaire d’emblée.
En l’absence d’évolution favorable, des radiographies du rachis cervical (face, profil, trois quarts gauche et droit) pourront être demandées.
 

D Traitement des cervicalgies aiguës non spécifiques
• Rassurer le patient.
• Prise en charge antalgique médicamenteuse et par agents physiques (thermothérapie).
• Éviter l’immobilisation par collier cervical, qui augmente la raideur. Si l’immobilisation est nécessaire (intensité douloureuse importante), elle doit être de durée brève (2–3 jours).


Toute manipulation vertébrale cervicale doit être précédée de radiographies du rachis cervical et doit être réalisée par un médecin formé et ayant une pratique régulière.


• Des séances de rééducation (kinésithérapie ou ostéopathie) peuvent être prescrites pour prévenir les récidives, comprenant (SOFMMOO, 2003) :
− physiothérapie antalgique ;
− rééducation douce et progressive par contractions isométriques (techniques myotensives) ;
− apprentissage d’exercices d’autoétirement.
 

III Cervicalgies chroniques
 

A Étiologie
• Symptomatiques (fracture, inflammatoire, infectieuse, tumorale).
• Non spécifiques : cervicarthrose.
 

B Diagnostic de cervicarthrose
• La cervicarthrose peut se révéler par quatre tableaux différents :
− syndrome cervical chronique ;
− myélopathie cervicarthrosique ;
− névralgie cervico-brachiale ;
− insuffisance vertébro-basillaire.
• Le syndrome cervical chronique comprend :
− douleur diffuse ou localisée ;
− irradiation possible de la douleur en interscapulaire ou occipital ;
− raideur et limitation des amplitudes articulaires avec limitation fonctionnelle ;
− douleur à la palpation des épineuses axiales et des articulaires postérieures ;
− présence d’un syndrome cellulo-téno-myalgique ;
− contracture paravertébrale ;
− examen neurologique normal.
 

C Examens complémentaires dans les cervicalgies chroniques non spécifiques
Radiographies du rachis cervical (face, profil, trois quarts gauche et droit), afin d’éliminer les causes de cervicalgies symptomatiques et de rechercher des lésions radiologiques de cervicarthrose.
La réalisation de radiographies du rachis dorsal peut être utile, à la recherche de douleurs projetées.
 

D Traitement des cervicalgies chroniques non spécifiques
• Informations du patient sur sa pathologie, le traitement…
• Prise en charge médicamenteuse antalgique : palier 1, éventuellement palier 2.
• Séances de masso-kinésithérapie en ville : physiothérapie antalgique, contractions isométriques et étirements, récupération de la mobilité active, travail proprioceptif.
• Le travail actif est recommandé dans le traitement des cervicalgies chroniques et aiguës.
• Éducation thérapeutique et apprentissage d’autoexercice d’étirements musculaires.
• Proscrire l’immobilisation de longue durée du rachis cervical.


Une immobilisation prolongée par collier cervical est source de raideur, douleur et limitation d’amplitude.



 

Points clés
 

• Les diagnostics de rachialgies d’origine dégénératives sont des diagnostics d’élimination.
• Les dérangements intervertébraux mineurs sont fréquents, bénins, et peuvent être retrouvés à tous les étages rachidiens.
• Lombalgies :
− toujours rechercher les « red flags » et les « yellow flags » ;
− approche multifactorielle ;
− importance de l’éducation thérapeutique ;
− proscrire l’alitement systématique ;
− ne pas oublier la réinsertion socioprofessionnelle.
• Dorsalgies :
− une origine viscérale ou symptomatique est plus souvent retrouvée que pour les lombalgies ou cervicalgies ;
− examens complémentaires systématiques.
• Cervicalgies : limiter à 2 ou 3 jours l’immobilisation par collier cervical si celle-ci est vraiment nécessaire.


 

Pour en savoir plus
 

Royer A, Cecconello R. Bilans articulaires cliniques et goniométriques. Généralités. Encycl Méd Chir Paris : Elsevier ; 2004, 26-008-A-10.
Objectifs MPR de 2e cycle, COFEMER, novembre 2005 (www.cofemer.fr).
Van Tulder M, Becker A, Bekkering T, et al. COST B13 Working Group on Guidelines for the Management of Acute Low Back Pain in Primary Care. Chapter 3. European guidelines for the management of acute nonspecific low back pain in primary care. Eur Spine J 2006 ;(15 Suppl 2) : S169–91.
Fayolle-Minon I, Calmels P. Effect of wearing a lumbar orthosis on trunk muscles : study of the muscle strength after 21days of use on healthy subjects. Joint Bone Spine 2008 ;75:58–63.
Nguyen Ch, Poiraudeau S, Revel M, Papelard A. Lombalgie chronique : facteurs de passage à la chronicité. Revue du Rhumatisme 2009 ;76:537–42.
Éditorial. La discopathie de type Modic 1. Revue du Rhumatisme, 76. 2009. p. 4–6.
Réponse à saisine du 10 novembre 2009 en application de l’article 53 de la loi du 21 juillet 2009, HAS, décembre 2009 (www.has-sante.fr).
Maigne R. Sémiologie des dérangements intervertébraux mineurs. Ann Méd Phys 1972 ;15:277–89.
Bogduk N, McGuirk B. Prise en charge des cervicalgies aiguës et chroniques. Une approche fondée sur les preuves. Paris : Elsevier ; 2007.
Goussard J-Cl. Rééducation des cervicalgies. SOFMMOO ; 2003. www.sofmmoo.com.
Gross M. Kinésithérapie des cervicalgies. Encycl Méd Chir. Paris : Elsevier ; 2006, kinésithérapie-MPR. 26-294-C-10.
Rééducation dans les cervicalgies non spécifiques sans atteinte neurologique. CNAMTS, Référentiels kiné : cervicalgie.
Place de l’imagerie dans le diagnostic de la cervicalgie commune, la névralgie cervico-brachiale et de myélopathie cervicale chronique. ANAES, décembre 1998. http://www.unaformec.org/CDRMG/cederom_ol/recos/anaes/cervi_98.pdf
Prise en charge diagnostique et thérapeutique des lombalgies et lombosciatiques communes de moins de trois mois d’évolution. ANAES, février 2000. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/lombal.pdf
Diagnostic, prise en charge et suivi des malades atteints de lombalgie chronique. ANAES, décembre 2000. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/lombalgie_dec2000_recos.pdf.
Masso-kinésithérapie dans les cervicalgies communes et dans le cadre du coup du lapin ou whiplash. ANAES, mai 2003. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/recommandations_cervicalgies_mel_2006_2006_12_28__11_50_51_550.pdf
Prise en charge masso-kinésithérapique dans la lombalgie commune. HAS, mai 2005. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/Lombalgie_2005_rap.pdf.
 

Annexes
 

Annexe 1 – Évaluation individuelle face à la douleur : Fear Avoidance Belief Questionnaire (FABQ)
Pourquoi ces questions ?
Voici des notions que d’autres patients que vous nous ont exprimé au sujet de leur douleur. Pour chaque affirmation veuillez entourer le chiffre de 0 à 6 pour indiquer combien les activités physiques telles que se pencher, soulever, marcher, conduire, influent ou pourraient influer sur votre mal de dos.
Comment remplir ce questionnaire ?
Le chiffre que vous entourerez entre 0 et 6 exprimera votre degré de désaccord ou d’accord avec la proposition.



 

  Désaccord total Incertain Accord total
1. L’activité physique aggrave ma douleur 0 12345 6
2. L’activité physique pourrait abîmer mon dos 0 12345 6
3. Je ne devrais pas faire d’activités physiques, lesquelles pourraient aggraver ma douleur 0 12345 6
4. Je ne peux pas faire d’activités physiques lesquelles pourraient aggraver ma douleur 0 12345 6

 

 Les affirmations suivantes concernent la manière dont votre travail habituel influe ou pourrait influer sur votre mal de dos



  Désaccord total Incertain Accord tota
5. La douleur a été provoquée par mon travail ou par un accident de travail 0 12345 6
6. Mon travail a aggravé ma douleur 0 12345 6
7. Mon travail est trop dur pour moi 0 12345 6
8. Mon travail augmente ou pourrait augmenter mes douleurs 0 12345 6
9. Mon travail pourrait abîmer mon dos 0 12345 6
10. Je ne devrais pas faire mon travail habituel avec ma douleur actuelle 0 12345 6
11. Je ne pense pas que je pourrai reprendre mon travail habituel avant 3 mois 0 12345 6

 

Total des items :
• Échelle 1 – Croyances concernant le travail : 6 + 7 + 9 + 10 + 11 + 12 + 15 (score qui s’étend de 0 à 42).
• Échelle 2 – Croyances concernant l’activité physique : 2 + 3 + 4 + 5 (score qui s’étend de 0 à 24).
Annexe 2 – Back Beliefs Questionnaire (BBQ) (version française en cours de validation)
Consigne
Nous essayons de comprendre ce que les gens pensent des problèmes de dos. Merci de nous donner votre avis concernant le mal de dos, même si vous n’en avez jamais souffert.
Répondez à TOUTES les questions en indiquant votre degré d’accord avec les propositions suivantes en entourant le nombre approprié sur l’échelle : [1] Pas du tout d’accord ; [5] Complètement d’accord.



 

1. Il n’existe pas vraiment de traitement pour le mal de dos 12345
2. Le mal de dos peut vous empêcher à la longue de travailler 12345
3. Le mal de dos signifie des épisodes de douleur pour le restant de la vie 12345
4. Les médecins ne peuvent rien faire contre le mal de dos 12345
5. L’exercice physique est recommandé pour le mal de dos 12345
6. Le mal de dos rend tout plus difficile dans la vie 12345
7. La chirurgie est le moyen le plus efficace pour soigner le mal de dos 12345
8. Le mal de dos peut vouloir dire que vous finirez dans une chaise roulante 12345
9. Les médecines parallèles sont la réponse au mal de dos 12345
10. Le mal de dos est synonyme d’arrêt de travail de longue durée 12345
11. Les médicaments sont le seul moyen de soulager le mal de dos 12345
12. Le dos reste toujours fragile après un premier épisode douloureux, 12345
13. Il faut impérativement se reposer quand on a mal au dos 12345
14. Le mal de dos s’aggrave progressivement en vieillissant 12345

 

Le score prend en compte les items 1, 2, 3, 6, 8, 10, 12, 13, 14. Il s’obtient en inversant la valeur obtenue (1 pour 5, 2 pour 4...) puis en faisant la somme des neuf items.
Ainsi le score s’étend de 9, croyances inadaptés à 45, croyances adaptées.
Annexe 3 – Questionnaire de Québec (Quebec Back Pain Disability Scale)
Pourquoi ces questions ?
Ce questionnaire porte sur la façon dont votre douleur au niveau du dos affecte votre vie de tous les jours. Les patients souffrant de maux de dos trouvent difficile d’entreprendre certaines activités quotidiennes. Nous aimerions savoir si vous éprouvez de la difficulté à accomplir les tâches énumérées ci-dessous en raison de votre douleur au dos.
Comment remplir ce questionnaire ?
Veuillez entourer la case (de l’échelle de 0 à 5) qui correspond le mieux à chacune des activités (sans exception).
Éprouvez-vous de la difficulté aujourd’hui à accomplir les activités suivantes en raison de vos douleurs ?



 

  Aucune difficulté
(0)
Très peu difficile
(1)
Un peu difficile
(2)
Difficile
(3)
Très difficile
(4)
Incapable
(5)
1. Sortir du lit.            
2. Dormir toute la nuit.            
3. Vous retourner dans le lit.            
4. Vous promener en voiture.            
5. Rester debout durant 20 à 30 minutes.            
6. Rester assis sur une chaise durant plusieurs heures.            
7. Monter un seul étage à pied.            
8. Faire le tour d’un pâté de maisons (marcher 300–400 m).            
9. Marcher plusieurs kilomètres.            
10. Atteindre des objets sur des tablettes assez élevées.            
11. Lancer une balle.            
12. Courir à peu près 100 m.            
13. Sortir des aliments du réfrigérateur.            
14. Faire votre lit.            
15. Mettre vos chaussettes.            
16. Vous pencher pour laver la baignoire.            
17. Déplacer une chaise.            
18. Tirer ou pousser des portes lourdes.            
19. Transporter deux sacs d’épicerie.            
20. Soulever et transporter une grosse valise.            

 

 

 

 

 
© 22 septembre 2015